Illustration de Charles Léandre pour le livre Madame Bovary de Flaubert, gravé à l’eau-forte en couleur par Eugène Decisy. Illustration de la page 295 : Le pauvre diable
Illustration de Charles Léandre pour le livre Madame Bovary de Flaubert, gravé à l’eau-forte en couleur par Eugène Decisy. Illustration de la page 295 : Le pauvre diable

Nous nous rappelons tous de cette lourde prise de conscience de la deuxième madame Bovary, elle qui expérimenta, dans la plus grande désillusion, la différence entre le caractère certes idéal, mais surtout fictionnel des romans dans lesquelles elle se perdait parfois, et la réalité du 19ème siècle. Une scène révèle pourtant l’incompatibilité tragique de sa vie avec ses espérances, celle de sa douloureuse mort suite à la prise de trioxyde d’arsenic (As2O3), cette poudre blanche entreposée chez le pharmacien de campagne Homais qui lui servait à fabriquer de la mort-aux-rats. Ce produit sert notamment de base pour la production de dérivés de l’arsenic, comme par exemple l’acide arsénique (H3AsO4). Flaubert, mis à part la révolution stylistique qu’il entama avec cette œuvre, ne fut pas le seul à incorporer une matière dérivée de l’arsenic dans ses romans. Mauriac dans son roman « Thérèse Desqueyroux » fit également usage de l’arsenic quand l’héroïne du roman, se procurant une liqueur de Flower (KH2AsO4), empoisonna son mari en lui administrant de fortes doses de ce mélange. La solution de Flower était originellement employée pour traiter plusieurs troubles, mais ne fut plus utilisée vers le milieu du 19ème siècle à cause de ses effets secondaires cancérigènes.

Malgré tous ces sombres usages, une recherche effectuée en 2008 par Wolfe-Simon a montré qu’une bactérie présente dans le lac Mono en Californie (USA) survivait, à intervalle saisonnier, grâce à de l’arsenic plutôt que du phosphore dans son ADN. Suite à cette découverte, elle publia un article sous le titre provocateur de « Did nature choose arsenic ? » (« La nature a-t-elle choisi l’arsenic ? »). Dès lors se pose la question de la véritable différence de l’impact du phosphore et de l’arsenic sur la vie biologique ; là se trouvant peut-être des divergences entre la littérature et la science en rapport à l’impact de l’arsenic sur la vie biologique. Il est important de rappeler que le phosphore est un élément essentiel à toute forme de vie sur la terre, et bien que l’arsenic inorganique partage avec celui-ci certaines propriétés chimiques, notamment au niveau de la taille et de l’électronégativité, l’arsenic demeure un produit extrêmement toxique (classé D1A et D2A selon le SIMDUT 1988, système d’information sur les matières dangereuses au travail). Une étude du docteur Sung-Woo Park a permis de comprendre certaines différences entre le phosphate et l’arsénite, en faisant interagir une molécule d’eau, un cation métallique alcalin avec de l’acide arsénique (H3AsO4) ou avec de l’acide phosphorique (H3PO4). Vous pouvez consulter les résultats de cette étude sur lien suivant  (Sung Woo Park, et al. (2011). « Comparison of Arsenic Acid with Phosphoric Acid in the Interaction with a Water Molecule and an Alkali/Alkaline-Earth Metal Cation ». http://goo.gl/xUevpA).

Afin de créer de l’acide phosphorique, Febex utilise un procédé dit « thermique », par opposition au procédé « humide » (attaque des roches phosphates par de l’acide sulfurique). Le premier permet à Febex de produire un acide phosphorique de très haute pureté, nettement supérieur au résultat obtenu par le second procédé, mais qui requerra toutefois un traitement afin d’éliminer les traces d’arsenic qu’il contiendra. En effet, certaines applications nécessitent l’élimination de cette substance ; comme par exemple l’acide phosphorique à qualité alimentaire. En conclusion, bien que l’arsenic puisse être utilisé par un micro-organisme afin de survivre, cet élément demeure dangereux pour des constructions biologiques plus complexes et peut donc être efficacement éliminé par les installations de purification de Febex.

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